Lorsque l’on regarde le monde tel qu’il est actuellement, on constate que c’est la guerre de la vitesse. Nous, médias d’information faisons tout pour être les premiers à diffuser les news. Certains font du copier-coller pour aller encore plus vite. Nous n’aimons plus attendre car on nous a habitué à avoir « tout, tout de suite, maintenant, très vite ! »

Pour citer Jean-Louis Servan-Schreiber et son « court-termisme ». Attendre le bus devient une tache herculéenne, rater le métro ressemble à une mort lente et pire encore, nous n’avons plus le temps de pleurer.

Avec tous ces attentats, nous n’avons plus le temps d’être triste. Pray for Paris puis Pray for Brussels, etc. Les informations nous parviennent instantanément. Comment être chagriné quant au final nous sommes submergés par les chagrins et la mort tous les jours et en tout temps ?

Cette accélération du temps humain, nous déshumanise, nous désensibilise de tout, et ce petit à petit. La vitesse apporte une abondance dont on a du mal à vider les stocks, ce qui banalise les choses. Au début, on veut de l’amour mais quand on a trop et tout le temps, il n’est plus spécial, on le néglige et on le perd. Perdrons-nous cette vitesse ? Cette accélération ? Pas sûr. Mais une certitude demeure, notre rapport au monde a changé dès que nous avons commencé à accélérer notre temps.

Les contacts humains sont de plus en plus brefs. Ils sont « facebookés », « twittés », ce qui donne une impression d’être en contact permanent avec autrui même à distance. On préfère communiquer via les réseaux sociaux parce qu’ils nous donnent la possibilité de répondre quand on veut. On a l’impression de gagner du temps pour faire une autre tâche.

On ne veut pas s’arrêter deux minutes pour saluer quelqu’un dans la rue car nous sommes « pressés » (un bus à prendre ou faire des courses « en vitesse ») mais on préfère lui écrire à la maison pendant 1 heure via un service de messagerie instantané. Un service qui, nous fera râler si la connexion devient lente tout d’un coup.

Nous sommes devenus des « râleurs du temps ». Le temps, on en veut mais on ne se donne pas le temps de l’apprécier. On pense avoir le temps de tout faire pour se rendre compte, et ce trop tard, que le temps n’a pas notre temps. Malheureusement, c’est cette dernière phrase qui nous pousse à l’accélération du temps humain.

On vit dans l’urgence et l’instantanéité comme l’explique Nicole Aubert. Ce qui n’est pas important devient une priorité. On répond à un message tout bête alors que nous sommes en train de travailler sachant qu’on peut le faire plus tard.

Nous voyons le monde toujours plus lent chaque jour et on trouve ça négatif parce que le « lent » a toujours été vu ainsi. Comme le démontre Pierre Sansot « Les êtres lents n’avaient pas bonne réputation. On les disait empotés […] On les croyait lourdauds, même quand ils avançaient avec une certaine grâce ». Le problème est qu’à force d’aller de plus en plus vite, on risque de dépasser notre humanité et la laisser derrière.

Cette vitesse nous donne l’impression de pouvoir tout faire, un peu comme si nous étions tous des super-héros comme Flash. Nous ne voyons plus le monde comme avant, nous le trouvons plus lent mais en l’accélérant, nous accélérons notre temps car qui fait le monde ? C’est nous.

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