LES RÉSEAUX SOCIAUX SONT-ILS DES DEALERS DU NARCISSIQUE?

Aimez-moi, partagez-moi, suivez-moi, follow me, « Attends je fais un snap », « Faut que je montre à mes followers ce que je mange », « Je dois partager ce que j’écoute », etc. Bienvenue sur les réseaux sociaux.

Dans son livre « Un art moyen », Pierre Bourdieu montre que la pratique de la photographie est en fait fortement déterminée socialement. On ne prend pas de photographie n’importe quand. On le fait durant les temps forts de la vie sociale : mariage, fêtes, bal de promotion etc.

Le regard et la pratique du photographe ordinaire, loin d’être neutre et spontané, sont selon Bourdieu, marqués par des pratiques et attentes sociales très conventionnelles. Quand on fait un tour sur les réseaux sociaux, on remarque une redondance des mêmes thématiques à travers les différentes publications des utilisateurs.

 Voici les thématiques que l’on rencontre souvent :

  • La fête (à la maison, discothèque, à un festival, etc.)
  • Le Mariage
  • Remise de diplômes
  • Repas en tout genre
  • En voiture
  • A la plage
  • Nouvelles acquisitions vestimentaire

Nous continuons bien, comme le dit Bourdieu, à « éterniser et solenniser les temps forts de la vie collective ».

Dans son ouvrage « La Culture du Narcissisme », Christopher Lash explique ceci :

«Malgré ses illusions sporadiques d’omnipotence, Narcisse a besoin des autres pour s’estimer lui-même ; il ne peut vivre sans un public qui l’admire. Son émancipation apparente des liens familiaux et des contraintes institutionnelles ne lui apporte pas, pour autant, la liberté d’être autonome et de se complaire dans son individualité. Elle contribue, au contraire, à l’insécurité qu’il ne peut maîtriser qu’en voyant son « moi grandiose » reflété dans l’attention que lui porte autrui, ou en s’attachant à ceux qui irradient la célébrité, la puissance et le charisme ».

En résumé, les réseaux sociaux nous donnent de l’importance. On y existe dès lors que les gens interagissent avec ce que l’on y publie. Tout comme le narcissique qui a besoin d’attention pour se sentir bien, vivant et dominant.

Nous sommes dans une société spectacle, une société dites du “m’as-tu vu”. Ce qui compte selon Lasch c’est le succès, la célébrité, la popularité pour eux-mêmes. On ne cherche pas l’approbation pour ce que l’on fait mais pour ce que l’on paraît, pour l’image plaisante que l’on projette, pour l’attention que l’on a réussi à attirer sur soi. Tout ceci devant être sans cesse renouvelé et ratifié par la publicité.

Conclusion

Nous sommes un peu « tous » à la recherche de reconnaissance. Cette recherche pousse les gens à montrer ce qu’ils font, ce qu’ils peuvent faire, partager ce qu’ils aiment, participer aux débats sur Twitter, Facebook et/ou « raconter leur vie ».

Les réseaux sociaux sont une socialisation de plusieurs « Moi », qui essayent de briller au-dessus des autres, à tour de rôle, à longueur de journées. Le journaliste Jacob Silverman ajoute que : « Par ailleurs, une fois que vous en êtes et que les mises à jour défilent, le petit pic d’endorphine que produit un « like » ou un partage fait office de petite récompense pour tout cet investissement. A l’ère du tout-réseaux-sociaux, il n’y a sans doute rien de pire que de rechercher la visibilité et de finir sans la moindre notification ».

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© Autour du Web

Si le narcissisme est une addiction alors le like en est la drogue et les réseaux sociaux les différents dealers. Nous sommes « nombreux a en être obsédés » mais à des niveaux différents. Que vous le vouliez, même si vous ne vous dites pas être à la recherche de « j’aime » ou de commentaires, il y a toujours une partie de vous, qui attends qu’au moins une personne soit du même avis que vous.

Chez certains ce besoin est important, et chez d’autres il est moindre voir « peut-être » inexistant. La mondialisation, les médias de masse, internet favorisent le narcissisme qui se lie étroitement avec l’égocentrisme. Cette possibilité de pouvoir se faire entendre et être vu n’arrange en rien la situation de ce qui sont narcissiques et contribuent à aggraver leur cas. Du moins, c’est ce que je pense.

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